Venez découvrir la création que cette exploration m’a inspirée : https://arnaudbottini.com/cachez-moi-ce-pauvre-que-je-ne-saurais-voir/

1) Qu’est-ce que les dispositifs anti-sdf ?

Les dispositifs anti-SDF — grilles, accoudoirs métalliques, pics dissuasifs — font aujourd’hui partie du paysage urbain. Nous les croisons chaque jour sans forcément les voir. Pourtant, leur fonction est claire : empêcher certaines personnes de s’asseoir, de s’allonger, de dormir. Plus largement, empêcher leur présence dans l’espace public. Ces aménagements ne répondent pas au problème du sans-abrisme. Ils le déplacent. Ils rendent la précarité moins visible, sans jamais la faire disparaître.

Comme le résume Joffrey Paillard : « Le mobilier anti-SDF, c’est la fausse solution à un vrai problème ». Des personnes continueront à vivre sans abri tant que les causes profondes de cette précarité ne seront pas interrogées et transformées. La véritable réponse ne se trouve pas dans le mobilier urbain, mais dans l’accès au logement, à l’accompagnement et à des politiques publiques capables de garantir des conditions de vie dignes.

Pour Nicolas Clément, ancien président du collectif « Les Morts de la Rue » et lui-même ancien sans-abri, ces dispositifs renforcent un profond sentiment d’abandon. Au lieu d’être entendues, les personnes concernées se sentent rejetées. Cette architecture participe à leur exclusion sociale : elle matérialise dans l’espace l’idée que certaines personnes n’y ont pas leur place.

L’espace public n’est pourtant pas vécu de la même manière par tout le monde. Comme le rappelle la géographe Muriel Froment-Meurice, « pour les résidents, l’espace public n’est que la complémentarité de leur logement, mais pour les groupes marginalisés, c’est souvent leur seul espace de vie. » Lorsqu’on dispose d’un logement et des moyens de fréquenter des espaces privés, on peut traverser la ville sans même remarquer cette architecture hostile. Mais pour les personnes contraintes de vivre dehors, ils ont des conséquences très concrètes.

Avec les canicules de plus en plus fréquentes et les hivers toujours plus rudes, ne plus pouvoir s’asseoir, s’allonger ou trouver un espace de repos devient une violence supplémentaire. Les dispositifs anti-SDF ne font pas que modifier les usages de la ville : elle aggrave les conditions de vie de celles et ceux qui sont déjà les plus vulnérables.

La ségrégation ne prend pas toujours la forme d’un mur. Elle peut aussi prendre la forme d’un banc découpé par des accoudoirs ou d’un rebord couvert de pics. Elle consiste à organiser l’espace de manière à séparer certains individus des autres, à leur rappeler qu’ils ne sont pas les bienvenus.

Depuis le début du premier mandat d’Emmanuel Macron, le nombre de personnes sans domicile fixe a fortement augmenté. Il est estimé plus de 300 000 en 2025. Le nombre de personnes sans abri a lui aussi augmenté : environ 27 000 personnes avaient été recensées en 2016, contre une estimation de 40 000 en 2019. Face à cette réalité, multiplier les dispositifs anti-SDF ne résout rien. Ces objets nous interrogent moins sur celles et ceux qu’ils cherchent à éloigner que sur la société qui choisit de les installer.

Sources :
Nombre de personnes Sans Domicile Fixe en 2025
Nombre de personnes sans abris en 2016
Nombre de personnes sans abris en 2019 : Cour des comptes, « L’hébergement et le logement des personnes sans domicile pendant la crise sanitaire du printemps 2020 », Rapport public annuel 2021, p. 111

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POUSH Design Week, exposition L’utile et l’agréable
Du 3 au 13 septembre 2025

Avec L’utile et l’agréable, présentée sous la Coupole à l’occasion de Paris Design Week, une quarantaine d’artistes et de designers interrogent la fonction. Que reste-t-il d’une forme quand elle perd son usage ? Que devient une œuvre quand elle en adopte un ? Dans cet entre-deux, naissent des objets ambigus, souvent instables, qui déplacent nos manières de penser l’usage, le soin, ou simplement la présence des choses autour de nous. L’exposition ouvre un dialogue entre art et design, entre invention poétique et transformation pratique. Les pièces exposées oscillent entre sculpture habitable et mobilier critique, entre l’utile et l’inutile.

Avec : Atelier au-delà, Arnaud Adami, Hugo Avigo, Thomas Ballouhey, Arnaud Bottini, Bureau Idéal, Taisiia Cherkasova, Pia Chevalier, Boris Chouvellon, Bryce Delplanque, Emmanuelle Ducrocq, Andrew Erdos, Anna Le Corno, Siméon Starck, Robinson Ferreux, Max Fouchy, Hector Garoscio, Quentin Germain, Jérôme Grivel, Juan Gugger, Arash Hanaei, Lev Ilizirov, Myriam Jarmache, Ellande Jaureguiberry, Hélène Labadie, Louis Lanne, Tommy Lecot, Théo Leclercq et Camille Viallet, Thomas Lelouch, Demian et Olivera Majcen, Arianna Marcolin, Clémence Mars, Florent Meng et Camille Calvo, Lucien Nicou, Adrien Ogel, Eliott Paquet, Margot Pietri, Anna Saint-Pierre, Marie Servas, Vincent Tanguy, Maxime Testu, Pablo Tomek, Maya Inès Touam, Lana Von Thorn, Katarzyna Wiesiolek